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Rise

Il y a peu je postais sur Linkedin pourquoi j’ai commencé à soutenir Rise Homeless Giving sur Patreon. J’ai commencé à un moment où j’avais un peu la tête dans le guidon et où donner une contribution financière était la façon de contribuer la plus adaptée. Mais après je suis sortie de ma grotte de l’hiver pour venir voir des ami.e.s et rencontrer des gens et explorer à Paris et Londres. Mouvement et du coup recul sur ce qui est important, un peu plus crucial que juste sa propre personne : comment fait-on pour contribuer à son échelle à un monde plus juste sur les sujets qui nous touche ? Grosse prise de conscience sur les gens dans la rue avec un 1er podcast de Rise avec Mélo.

Alors merci Rise Homeless Giving (comme Réseau Entourage, comme Le Carillon de Paris, Sans A et plein d’autres) qui montrent que les gens dehors sont juste comme nous, avec des problématiques, des envies, une histoire, des projets. Alors à Londres et à Paris j’ai essayé doucement de créer le contact avec des gens que je croisais. Généralement je donnais de temps en temps des pièces, à manger, je me suis souvent esquivée, jamais vraiment arrêtée auprès des gens dans la rue. A Londres, pas facile au début. Il y a des gens avec qui ça match pas de base, ou alors dans la communication c’est compliqué. Des fois c’est juste 3 mots et puis on sait plus quoi dire.

A Paris j’ai récolté des vêtements, un sac et du miam auprès d’ami.e.s et j’ai contacté Mélo avec Rise - Homeless Giving pour éventuellement donner. Pas de retour tout de suite, je suis quand même allé à Nation pour voir. J’ai pas trouvé Mélo, mais j’ai trouvé par hasard Patrick grand sur ses jambes avec un immense sourire et on parle. Sans effort et avec une posture d’ouverture, j’ai l’impression de parler à un pote. Je lui montre les fringues et il kiffe une chemise blanche. On s’assoit pour qu’il puisse faire son marché tranquille. Puis un plus âgé mais pas moins fringuant, Tony nous rejoint. Ça tombe bien les autres chemises sont plus à sa taille à lui, et puis on discute. Ce qui est pratique ou pas d’avoir comme chaussures dans la rue. Là il cherche des baskets parce qu’il aime aller courir tôt le matin, une fois son sac caché quelque part pour ne pas se faire piquer ses affaires. Il a aussi un sac de couchage de secours caché dans un parking. Il s’est fait tabasser un jour parce qu’il faisait la manche et avait un petit smartphone récupéré qu’on lui a volé après l’avoir frappé. “C’est pas normal un sdf avec un téléphone comme ça”. Mais c’est souvent crucial pour trouver les bonnes informations pour se débrouiller et rester connecté au monde. Patrick trouve aussi un pantalon dans mon stock et un grand sac de voyage. Il cherche encore d’autres choses pour mieux se débrouiller, contactez-le, c’est un bonheur et il lui faudrait une tondeuse.

Là un autre gars dont j’ai déjà oublié le nom arrive avec une couette nouée comme une cape et une guitare. Il s’arrête parce que j’ai sorti mon ukulélé pour jouer un peu à Tony (même si je ne viens que de commencer à apprendre). Je crois comprendre que le nouveau venu a un chez lui mais ne suis pas sûre.


S’en suit une discussion animée sur comment apprendre et pratiquer une activité créative. Il me conseille de m'entraîner régulièrement même si c’est peu de temps.


S’en suit une discussion animée sur comment apprendre et pratiquer une activité créative. Il me conseille de m’entraîner régulièrement même si c’est peu de temps. Lui a fait une pause de plusieurs année et la reprise a été galère. Tony surenchérit en disant que pour le dessin c’est pareil, au début c’est dur mais si on garde le cap, la technique rentre et on peut plus s’éclater ensuite. Il se rappelle d’un gars déterminé qui avait partagé sa chambre en foyer dans le passé, qui l’avait saoulé avec un instrument (le saxo ? je sais plus) mais qui au bout de plusieurs mois savait super bien jouer un morceau. Je mettrais pas ma main à couper mais je pense bien que c’était à l’oreille sans plein de tutos youtube, méthodes ou cours faute de moyen. J’ai l’air maligne moi avec ma persévérance 0 quand j’abandonne après 5 minutes parce que je ne comprends pas une tablature sur internet.

Après je file rejoindre O. qui a mis sur Réseau Entourage qu’il cherche des vêtements et j’ai encore 2 chemises et pantalons. On se retrouve à Châtelet, je le trouve grâce à ses béquilles. Il est trop gentil et on parle vite sans même regarder les fringues. Il m’épate d’optimisme et de recul avec ses gros problèmes de santé mais son envie tellement puissante de voir le bon côté de son weekend car il a vu sa fille. Il se fait souvent héberger à droite à gauche par des connaissances. J’ai l’impression de parler à mon pote et qu’on partage nos dernières aventures en refaisant le monde sur certains sujets.

Je refile pour rejoindre un ami après. En fait je suis un peu sonnée, il s’est passé trop de choses. Je n’ai pas vraiment emmagasiné tout ça, trop de surréaliste par rapport à mes préjugés en quelques heures. Tellement loin des clichés. Peut être un peu biaisé car j’ai rencontré des gens avec qui j’accroche ? Ce n’est peut être pas représentatif des situations à la rue ? J’en sais encore trop peu mais ça donne envie d’en savoir plus.

Le lendemain Mélo me répond et on convient que je passe le voir le lendemain avec une polaire. Je retrouve la voix du podcast cité plus haut et je suis trop fan de mettre une personne en face du son. Quand je le rejoins, il est avec Stéphane et leurs toutous : Swan et une vrai peluche dont j’ai déjà oublié le nom. Je transmets de grands remerciement pour leur génial partage audio. Ils me disent “Mais ça marche vraiment l’appli alors ?” Il va falloir leur prouver de nouveau que oui ! -> https://www.risekindness.com/homelesses/86

J’écoute les histoires de campements et d’organisation, leurs contacts et ami.e.s qui passent régulièrement sur ce spot de place de la nation, les relations de voisinage avec les commerce du coin. Quand une fille passe donner un plat et s’excuse de ne pas en avoir pour 3 personnes, je me dit qu’il en faut peu pour projeter une perception sur quelqu’un (un sac à dos, une doudoune, et être assise en tailleur dans la rue) et que je le fais très souvent en fait.


Après cette écoute et celle de l’avant veille, je commence tout juste à entrevoir un monde parallèle à celui des gens qui ont les fesses au chaud.


Après cette écoute et celle de l’avant veille, je commence tout juste à entrevoir un monde parallèle à celui des gens qui ont les fesses au chaud. Il y a aussi ceux et celles qui fight tous les jours pour juste un petit bout de la base de la pyramide de Maslow. C’est ouf. Pas que je le savais pas, mais ça le rend carrément plus palpable.

C’est pas qu’on va pouvoir changer tout ça d’un coup. Mais avec plus d’information sur les initiatives locales pour informer, plus de prise de conscience de la vie dans la rue, plus d’ouverture, de temps et de dons, on peut faire une petite différence régulièrement pour plusieurs personnes. Et si on s’en saisit tous, via des associations ou par action directe, l’impact de toutes nos actions ponctuelles et régulières sera bien puissant. On y va ?

Merci Julie Simon Abdul et Jerem pour vos vêtements et sac qui ont trouvé de nouveaux propriétaires 💛